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Assurances & obligations légales

Résilier ou faire jouer sa garantie décennale : la procédure pas à pas

13 septembre 2026·Jonathan Maurin·12 min de lecture
En brefCe sont deux procédures sans rapport, souvent confondues. Résilier son contrat se fait à l'échéance annuelle avec deux mois de préavis (ou dans les trois mois suivant une cessation d'activité) — et la garantie reste due sur les chantiers déjà réceptionnés, la loi imposant son maintien pendant dix ans. Faire jouer la garantie, c'est déclarer un sinistre à son assureur dans le délai du contrat, en général cinq jours ouvrés, sans jamais reconnaître sa responsabilité ni réparer soi-même avant l'expertise.

« Je veux résilier ma décennale » et « un client fait jouer ma décennale » sont deux phrases qui n'ont rien à voir, et qui arrivent pourtant dans la même conversation avec un courtier. La première est une opération administrative de fin de contrat. La seconde est le début d'une procédure qui peut durer des mois et où les trois premiers jours comptent plus que tout le reste.

Le guide général sur la décennale du paysagiste pose ce qui déclenche l'obligation. Cet article prend la suite : ce qu'on fait, concrètement, quand on veut sortir d'un contrat, et quand un client vous met en cause.

Résilier ou faire jouer : de quoi parle-t-on exactement ?

Résilier ou faire jouer sa garantie décennale : la procédure pas à pas

Résilier, c'est mettre fin au contrat qui vous couvre pour les chantiers à venir. Vous changez d'assureur, vous cessez l'activité, votre courtier a augmenté la prime : vous coupez le robinet. Ce qui se passe ensuite pour les chantiers déjà livrés est la question qui inquiète tout le monde — et la réponse est plutôt rassurante, on y vient.

Faire jouer la garantie, c'est activer la couverture sur un chantier déjà réceptionné où un désordre est apparu. Attention au sens de la phrase : en pratique, ce n'est presque jamais vous qui « faites jouer » votre propre décennale de votre plein gré. C'est votre client qui vous met en cause, et vous qui répercutez la mise en cause à votre assureur. La nuance change tout, parce qu'elle fait de vous le destinataire d'une réclamation, pas le demandeur d'une indemnisation.

Les deux procédures peuvent d'ailleurs se croiser : un ancien client vous met en cause sur un muret livré il y a six ans, alors que vous avez résilié le contrat depuis trois ans. C'est le cas le plus fréquent, et il se règle très bien — à condition d'avoir gardé les bons papiers.

Comment résilier son contrat de décennale sans se découvrir ?

Résilier ou faire jouer sa garantie décennale : la procédure pas à pas

La voie normale est la résiliation à l'échéance annuelle, avec un préavis de deux mois (article L113-12 du Code des assurances). Concrètement : une lettre recommandée avec accusé de réception, envoyée au moins deux mois avant la date anniversaire du contrat, mentionnant le numéro de police et la date d'effet souhaitée. Certains assureurs acceptent aujourd'hui la résiliation par voie électronique ou par déclaration à l'agence — vérifiez ce que prévoient les conditions générales, mais le recommandé reste la seule preuve incontestable.

Attention à un raccourci très répandu : les mécanismes de résiliation infra-annuelle popularisés par la loi Hamon, comme l'obligation d'information de la loi Chatel, sont des protections écrites pour les particuliers, hors activité professionnelle. Un contrat de décennale souscrit par une entreprise de paysage n'en bénéficie pas. Compter dessus pour partir en cours d'année conduit à découvrir, en juin, qu'on est engagé jusqu'à décembre — et à payer deux contrats en parallèle si le nouveau a déjà pris effet.

Deux autres portes de sortie existent :

Ce qu'il ne faut jamais faire : arrêter de payer la prime en espérant que le contrat tombe de lui-même. La procédure de non-paiement (mise en demeure, suspension de garantie, puis résiliation) laisse une période où vous êtes toujours redevable de la prime mais plus couvert, et l'incident reste attaché à votre historique. Un assureur suivant vous le fera payer au tarif.

Que deviennent les chantiers déjà réceptionnés après une résiliation ?

Résilier ou faire jouer sa garantie décennale : la procédure pas à pas

C'est la vraie question, et la réponse est claire : ils restent couverts. Le Code des assurances (article L241-1) impose que tout contrat de responsabilité décennale comporte, nonobstant toute clause contraire, le maintien de la garantie pour toute la durée de la responsabilité qui pèse sur le constructeur — soit dix ans à compter de la réception. La prime que vous avez payée l'année du chantier a financé les dix années de couverture de ce chantier, pas les douze mois du contrat.

Autrement dit, la décennale ne fonctionne pas comme une RC pro classique : ce qui compte, c'est la date d'ouverture du chantier (ou de déclaration, selon les contrats), pas la date du sinistre. Un muret ouvert en 2022 alors que vous étiez assuré reste couvert par cet assureur-là jusqu'en 2032, même si vous avez changé de compagnie en 2023 et fermé l'entreprise en 2025.

Trois conséquences pratiques :

  1. Archivez vos attestations pendant au moins dix ans après le dernier chantier. L'attestation de l'année N est la pièce qui rattache le chantier de l'année N au bon assureur. Sans elle, retrouver le contrat d'un courtier disparu prend des mois.
  2. Gardez la trace de la réception de chaque chantier, c'est elle qui fixe le point de départ des dix ans.
  3. Ne comptez pas sur une « reprise du passé » automatique chez le nouvel assureur. La reprise du passé est une garantie optionnelle, négociée et facturée. En son absence, votre nouveau contrat ne couvre que les chantiers ouverts après sa prise d'effet — ce qui est parfaitement normal, puisque l'ancien couvre les précédents. Le trou apparaît seulement quand une période est restée sans contrat du tout.

Comment faire jouer la garantie décennale, étape par étape ?

Résilier ou faire jouer sa garantie décennale : la procédure pas à pas

Vous recevez un courrier, un appel, parfois directement une lettre d'avocat : un client signale une fissure, un affaissement, une infiltration sur un ouvrage que vous avez livré. La séquence utile tient en six étapes.

1. Vérifier la date de réception. Sans réception, pas de décennale : c'est elle qui fait courir les dix ans. Si le désordre porte sur un chantier réceptionné il y a douze ans, la garantie est éteinte et la discussion change complètement de nature.

2. Qualifier le désordre. La décennale ne couvre que ce qui compromet la solidité de l'ouvrage ou le rend impropre à sa destination — un mur de soutènement qui bouge, un dallage qui se soulève, un drainage qui inonde une cave. Un joint qui a jauni ou un dallage dont la teinte a varié relève d'autre chose : garantie de parfait achèvement la première année, garantie de bon fonctionnement sur les éléments d'équipement dissociables, voire simple discussion commerciale.

3. Déclarer à l'assureur, vite. Le contrat fixe un délai de déclaration qui, sauf cas particuliers, ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés (article L113-2 du Code des assurances). Cinq jours ouvrés, c'est court quand la mise en cause arrive un vendredi de juillet. Déclarez dès la réception du courrier du client, même si vous contestez le fond : une déclaration n'est pas un aveu.

4. Ne rien reconnaître, ne rien réparer seul. C'est l'erreur la plus coûteuse, et celle qu'on commet par réflexe de bon artisan : retourner sur place et refaire le muret pour calmer le client. Une réparation faite avant l'expertise détruit la preuve du désordre, et un écrit reconnaissant votre responsabilité peut être opposé à votre assureur — qui refusera alors de suivre. Restez courtois, dites que votre assureur est saisi, et laissez venir l'expert.

5. Préparer le dossier. Devis signé, plans, photos de chantier, PV de réception avec ou sans réserves, factures des matériaux, coordonnées des sous-traitants et de leurs assureurs. Si un autre corps de métier est intervenu (terrassement, maçonnerie, VRD), dites-le tout de suite : une part de responsabilité peut lui revenir.

6. Suivre l'expertise. L'expert mandaté par l'assureur détermine l'origine du désordre. Sur un dossier lourd, un expert d'assuré — payé par vous, ou pris en charge par certains contrats — équilibre la discussion technique. Si le client passe par le judiciaire, il peut demander une expertise avant tout procès ; vous serez convoqué, et votre présence, ou celle de votre assureur, y est indispensable.

Combien de temps a-t-on pour agir ?

Résilier ou faire jouer sa garantie décennale : la procédure pas à pas

Trois horloges tournent en parallèle, et les confondre fait perdre des dossiers.

DélaiPoint de départCe qu'il conditionne
10 ansRéception des travauxLa responsabilité décennale elle-même (article 1792 et suivants du Code civil)
2 ansRéception des travauxLa garantie de bon fonctionnement sur les éléments d'équipement dissociables
1 anRéception des travauxLa garantie de parfait achèvement : reprise des réserves et des désordres signalés
2 ansConnaissance de l'événementLa prescription des actions dérivant du contrat d'assurance (article L114-1 du Code des assurances)

La dernière ligne est celle qu'on oublie. Même à l'intérieur des dix ans, une action contre votre assureur se prescrit par deux ans. Un artisan qui déclare un sinistre, se voit opposer un refus, et laisse le dossier dormir trois ans dans un tiroir n'a plus de recours contre sa compagnie — alors que le client, lui, a toujours ses dix ans contre l'entreprise.

Comment éviter d'en arriver là ?

Résilier ou faire jouer sa garantie décennale : la procédure pas à pas

Presque tous les dossiers décennale qui tournent mal ont un point commun : pas de procès-verbal de réception. Sans lui, la date de départ des dix ans se discute, les réserves n'existent pas, et le client soutient de bonne foi qu'il n'a jamais validé le chantier.

Le réflexe qui coûte dix minutes par chantier :

Les entreprises en micro-entreprise ont un intérêt supplémentaire à cette discipline : leur position en sous-traitance est plus fragile, comme détaillé dans l'article sur la décennale en auto-entrepreneur. Un PV de réception signé par le donneur d'ordre est parfois la seule pièce qui délimite ce qui relève de vous et ce qui relève de l'entreprise principale.

Une seule entreprise par commune

Quand une commune du Var atteint son seuil de demandes, elle est proposée à une seule entreprise - la première qui répond. Laissez votre e-mail pour être averti dès qu'une commune s'ouvre, avant qu'un confrère ne la prenne.

Questions fréquentes

Peut-on résilier une assurance décennale en cours d'année ?

Rarement. La règle est la résiliation à l'échéance annuelle avec deux mois de préavis. Les résiliations infra-annuelles ouvertes aux particuliers ne s'appliquent pas aux contrats professionnels. Les exceptions réelles sont la cessation définitive d'activité (demande dans les trois mois suivant l'événement), et les clauses de résiliation prévues au contrat, notamment en cas de majoration tarifaire.

Suis-je encore couvert sur mes anciens chantiers après avoir résilié ?

Oui. Le Code des assurances impose le maintien de la garantie pour toute la durée de la responsabilité décennale, soit dix ans après la réception, quelle que soit la fin du contrat. C'est l'assureur de l'année du chantier qui reste engagé, pas celui du jour du sinistre. Conservez les attestations correspondantes : ce sont elles qui font le lien.

Que faire quand un client menace de faire jouer la décennale ?

Déclarez le sinistre à votre assureur immédiatement, dans le délai prévu au contrat (souvent cinq jours ouvrés). Ne reconnaissez aucune responsabilité par écrit, ne retournez pas réparer avant l'expertise, et rassemblez le dossier du chantier : devis, PV de réception, photos, factures de matériaux. Une déclaration rapide ne vaut pas aveu, elle protège au contraire votre droit à être défendu.

Que se passe-t-il si je n'avais pas de décennale sur ce chantier ?

Votre responsabilité reste engagée sur vos fonds propres, et l'absence d'assurance sur des travaux qui relevaient de l'obligation est sanctionnée pénalement. Il n'existe pas d'assurance rétroactive : on ne souscrit pas une décennale après coup pour couvrir un chantier déjà livré. Le seul réflexe utile est de faire le point sur les chantiers en cours et de régulariser pour la suite.

Faut-il un avocat pour un litige décennale ?

Pas dès le premier courrier. La plupart des contrats incluent une protection juridique ou une prise en charge de la défense : c'est votre assureur qui pilote. Un avocat devient utile quand la procédure passe au judiciaire, quand plusieurs entreprises se renvoient la responsabilité, ou quand votre propre assureur refuse sa garantie — cas où le délai de deux ans de prescription commence à courir.

Mon assureur refuse de garantir le sinistre, que faire ?

Demandez un refus écrit et motivé, puis saisissez le service réclamations de la compagnie, et à défaut le médiateur de l'assurance. Attention au délai : l'action contre l'assureur se prescrit par deux ans. Les motifs de refus les plus courants sont une activité non déclarée au contrat (une maçonnerie paysagère chez un assuré déclaré en entretien seul), une déclaration hors délai, ou un désordre qui ne relève pas de la décennale.

La décennale couvre-t-elle un chantier réalisé par mon sous-traitant ?

Vis-à-vis du client, c'est vous qui répondez de l'ouvrage livré. Votre assureur peut ensuite se retourner contre le sous-traitant et son assureur. D'où la règle simple : exiger l'attestation de décennale de chaque sous-traitant avant le démarrage, la vérifier pour l'année en cours et pour l'activité exacte, et la conserver dans le dossier du chantier.

J
Jonathan Maurin
Fondateur, Les 50 mètres